Ecrire un texte pour présenter mes dessins. Rien là d’inhabituel, et pourtant. Je trouve cela étrange, mes travaux ne peuvent-ils donc pas se présenter d’eux-mêmes sans être accompagnés par un
texte chargé de les annoncer, de les décrire ou de les rendre plus accessibles ? Si j’étais écrivain me demanderait-on de faire un dessin pour que mes textes soient plus compréhensibles, pour en
connaître la juste interprétation et la véritable signification ?
Je n’ai rien contre l’écriture, bien au contraire, mais je suis plus à l’aise quand je dessine des lettres, des mots et des phrases dans mes images que lorsqu’on me demande d’écrire à propos de mes
réalisations graphiques et plastiques, et d’expliquer ma démarche artistique et ma pensée sur l’Art.
Je ne vois pas quel mot pourrait annoncer mon travail, je préfère que chacun l’aborde à sa manière et en face sa propre lecture. Chez certains ces dessins susciteront les interprétations
personnelles les plus diverses et particulières. D’autres ni entendront alors rien de significatif, rien de plus qu’un amas chaotique de formes et de symboles qui n’ont rien à faire
ensemble…quelque part ces dessins ne seraient-ils pas faits pour être incompréhensibles ?
Ce que chacun y voit et la manière dont il le comprend m’intéresse bien plus que tous les discours théoriques que je pourrais moi-même formuler. Je laisse aux autres s’ils le souhaitent le plaisir
d’écrire sur leurs travaux ou sur les miens. Je n’y éprouve personnellement que peu de satisfaction et, préfère encore d’autres sujets de réflexion que de parler de moi et de ce que je fais dans un
texte de ce type. Il me semble plus pertinent de répondre à posteriori aux questions de personnes qui ont vu les images, qui ont pris le temps de s’en « imprégner » et de s’interroger dessus, que
de donner une description écrite de mes intentions en avant-propos.
Sans être forcément incompatibles et contradictoires, la réalisation d’une image et l’écriture d’un texte linéaire sont des formes d’expression différentes. Tout ce que j’avais à dire aujourd’hui
se trouve dans mes dessins, et aucun texte ne saurait contenir le « discours » qu’ils véhiculent. Je laisse à chacun le soin de les découvrir par lui-même, autonomes, vifs, « à l’état brut » et
avec cette « lettre » comme seule préface.